BERNARD PLOSSU [dopo l’estate]
courtesy galerie Le Réverbère
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Exposition du 10 septembre au 29 octobre 2011
Vernissage le 9 septembre à partir de 18h en présence de l’artiste

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Bibliothèque du 1er
7 rue Saint Polycarpe - 69001 Lyon`
mardi, mercredi 10h-12h / 13h-19h
jeudi, vendredi 13h-19h / samedi 13h-17h
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Dopo l'estate,
en voyage dans les îles italiennes avec Bernard Plossu

Bernard Plossu, un peu comme Jacques Henri Lartigue, photographie sans cesse depuis son enfance et, tout comme Lartigue, toujours avec le même regard enchanté, qui sait garder le sens du merveilleux et qui fait aussi le bonheur des autres.
Au fil du temps, des rencontres et des voyages -  restitués dans innombrables livres et projets photographiques -  il a développé cette écriture si particulière, inclassable, d'une légèreté profonde, suspendue entre poésie et narration, où le récit autobiographique est rarement étranger. Une écriture dont on ne se lasse jamais, qu'on ne peut pas confondre avec aucune autre, malgré les influences exercée sur des générations des photographes inspirés, qui ont rapidement reconnu et identifié en Plossu une nouvelle avant-garde photographique. 

Né au Vietnam en 1945, initié à la photographie, aux voyages et à la montagne par son père,  explorateur et montagnard, Bernard Plossu dans les Années 60 est parti vivre sur la Côte Ouest des Etats Unis, puis au Nouveau Mexique, plus tard encore en Andalousie, avant de retourner en France, dans le sud, pas trop loin de la ville et tout près la nature, si important dans son travail.
En photographiant comme on respire, ou plutôt comme on marche -  pour se tenir à sa définition  « pour faire des bonnes photos il faut être bien chaussé » -  ses voyages en Afrique, en Inde ou en Europe, tout autant que ses longues marches dans la montagne, se sont souvent transformés en publications, sinon en livre-culte, à commencer par « Le Voyage mexicain » *
Les images de Plossu, denses de références culturelles sans vouloir être érudites, ne tombent jamais dans la citation. Sans parler des références photographiques évidentes,  l'ensemble de son ouvre résonne d'une multiplicité d' échos, de la poésie quotidienne de Morandi ou de celle plus abstraite de Klee, des paysages énigmatiques de De Chirico et de l'univers géométrique de Mondrian, peintres parmi ses préférés; de sa connaissance du Néo-réalisme italien et de la Nouvelle Vague, dont on croit reconnaître atmosphères et codes; de sa rencontre avec le clan de On the road en Californie , ou bien avec la pensée orientale et indienne.
Sa photographie, en résonance avec ses expériences tout azimut, se traduit en une liberté totale d'expression qui aboutit à un langage originale, précurseur d'une tendance subjective et autobiographique qui devait s'affirmer bien plus tard en Europe. Cela donne des recueils proches du  journal intime, du cahier de voyages ou de l'album de famille,  faits d' images qui semblent le reflet d'un monde intérieur parfois davantage que du monde réel, des images « affectives », nostalgiques , évocatrices et au même temps raffinées et rigoureuses .
Cette même liberté a souvent conduit Plossu, loin de l'actualité, à photographier suivant temps et itinéraires personnels, en s'inscrivant ainsi encore plus dans une démarche d'auteur, à une époque où, surtout en France, étaient encore prédominantes l'influence de l’école humaniste et la pratique de la photo documentaire. A partir de là, Plossu a joué un rôle fondamental dans le panorama de la photographie contemporaine.

La série sur les îles italiennes, présentée ici, fait partie d'un vaste projet, en cours, sur toutes les petites îles, un de ses sujets de prédilection depuis le retour en Europe, à la fin des années 80.     
On pourrait presque dire que Plossu les collectionne, tel un collectionneur de papillons, avec la même passion et la méthodologie d' un entomologiste. 
Ses voyages, de tant plus attendus que la liste se réduit, ressemblent à des expéditions sur les traces d'une espèce rare, avec au lieu du filet, un appareil photo. Mais finalement, dans un retournement de rôles classique, le vrai captif de cette histoire semble bien être Bernard Plossu.

Encerclée par des terres comme un grand lac, mais capable de grandes colères comme un océan,  la Méditerranée dont la force, plutôt que du large, semble venir de ses profondeurs et de son histoire, est disséminée des constellations d'îles de toutes dimensions, du nord au sud , d'est en ouest. Iles dont on peut faire le tour en quelques heures ou en plusieurs jours, recouvertes par la végétation ou brulées par le soleil, ourlées de longues plages telles des dentelles ou d’intimidantes falaises, flottantes à l'horizon ou inapprochables, protégées par des roches immergées, des barrières de corail, de cactus, ou royaumes de vulcains.
Les îles de Dopo l'estate,*** Alicudi, Filicudi, Linosa, Levanzo, Vulcano, Procida, Giglio, Ventotene, Ponza, avec leurs noms évoquants mythes et histoires anciennes, exercent toujours la même fascination. Comme Ulysse, envouté, Bernard Plossu a navigué d'un rivage à l'autre, maintes fois.
Dans les images présentées ici, souvent vides de toute présence humaine, on ressent la solitude et l'isolement des îles, sentiments mieux traduits par le mot italien isole. Le temps des touristes et des baignades est loin, les rares habitants restés s' affairent autour des bateaux de pêche ou des cargos en provenance du continent. Dans les lueurs du crépuscule, une maigre procession remonte les ruelles de Lipari, pendant que un feu d'artifice exorcise la nuit qui tombe déjà trop vite. Sur le pont du paquebot au large de Stromboli, dans une lumière de brume, Françoise** serre Joaquim dans ses bras, ils fixent Bernard, pendant que notre regard est attiré par la fumée du vulcain qui incombe comme toujours sur l'île.
Ces images, sensibles, silencieuses, parfois graves, souvent d'une profonde sérénité, s’étendent d'un temps dilaté et libèrent un sentiment d'attente qui laisse planer des récits imaginaires. 
Avec une alternance de visions solaires, où l'on ressent la tiédeur de la fin de l'été et de nocturnes à la mélancolie et l'inquiétude diffuses, Plossu nous introduit dans l'univers hypnotique des îles , objet et lieu de fascination et de craintes, où tous les éléments et les forces se concentrent et peuvent se déchaîner.
Les souvenirs de « L'isola d'Arturo» d'Elsa Morante, de « Stromboli » de Rossellini ou de « L'Avventura » d'Antonioni et du très grand film di Visconti « La Terre Tremble » film culte pour Plossu,  font alors surface et le voyage ne fait que commencer.

Laura Serani, mai 2011 

* publié par Claude Nori aux Editions Contrejour en 1979
** Françoise Nunez, épouse de Bernard Plossu et leurs fils Joaquim, en 1987
*** Au début, ce projet a été aidé par Jean Digne et Mimmo D’Oria.


© Bernard Plossu - courtesy Galerie Le Réverbère


© Bernard Plossu - courtesy Galerie Le Réverbère